Affichage des articles dont le libellé est Les Signes parmi nous. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les Signes parmi nous. Afficher tous les articles

jeudi 5 novembre 2020

La collection "Zoé Poche" fait parler de Ramuz...

 Nous remercions Alexandre Moatti qui nous a signalé ce lien:

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2020/11/04/vie-poches-1-ramuz/

Voici le début de l'article :

"Ramuzez-vous"

par Cécile Dutheil de la Rochère (4 novembre 2020)

La vie dans les poches (1)

Pour sa première chronique dédiée aux livres petit format, rééditions tardives ou précoces d’écrivains du passé ou du présent, En attendant Nadeau lit quatre livres d’un grand écrivain suisse et vaudois qui reste injustement méconnu en France : Charles Ferdinand Ramuz.

Charles Ferdinand Ramuz, Une mainLes Signes parmi nousAlineParis (notes d’un Vaudois). Zoé, coll. « Zoé Poche », de 90 à 216 p., de 8 à 10 €

 


Charles-Ferdinand Ramuz, photo Henry-Louis Mermod

 © Centre de recherches sur les lettres romandes (UNIL)

Nous vous laissons découvrir la suite de cet article sur le site indiqué ci-dessus.

samedi 11 avril 2020

Souvenir d'une épidémie dans "Les Signes parmi nous" de Ramuz : article du "Temps", 11 avril 2020

"Quand l’épidémie inspirait Ramuz"

Le Temps,11 avril 2020, 
article de JULIEN BURRI



(Classic Image/Alamy Stock Photo)

En 1919, Charles Ferdinand Ramuz imaginait, dans Les Signes parmi nous, une épidémie qui décimait la Suisse romande. Avec Daniel Maggetti, directeur du Centre des littératures en Suisse romande, retour sur un livre phare qui sonne aujourd’hui comme un appel à rester confiants.

Fausses nouvelles et théories du complot, hommes foudroyés, angoisse galopante… 

Le roman Les Signes parmi nous, que Charles Ferdinand Ramuz publie en 1919, raconte déjà une épidémie et ses conséquences en Suisse romande. Le colporteur Caille parcourt les villages pour annoncer la fin du monde et certains croient au début de l’apocalypse. Daniel Maggetti, professeur à l’Université de Lausanne et directeur du Centre des littératures en Suisse romande, revient sur ce chef-d'œuvre visionnaire, écrit alors que sévissait la grippe espagnole et que venait de prendre fin la Première Guerre mondiale.
Les Signes parmi nous entre en écho avec la situation que nous vivons. Comment relisez-vous ce livre aujourd’hui ? C’est troublant. Malgré l’arsenal mis à notre disposition pour comprendre et disséquer la crise, nous nous retrouvons aussi démunis que les personnages qu’inventait Ramuz. […]. La société a évolué, la médecine a progressé… mais les conséquences matérielles, pratiques, des mesures qui sont prises fragilisent tout autant les individus qu’il y a cent ans.
Les personnages des Signes parmi nous cherchent à donner un sens au mal qui frappe la société dans laquelle ils vivent. Quel est le message de ce roman ? Les personnages essaient de répondre à la brutalité des morts qui se multiplient en tentant de leur trouver une explication. Les Signes parmi nous raconte le conflit des interprétations possibles. Le texte fait largement écho à l’apocalypse biblique, mais Ramuz se distancie de la lecture littérale de la Bible : elle apparaît comme un point de vue sur le monde, parmi d’autres, et n’a pas un statut de vérité.
Il est humain, lorsque des événements nous affectent, de chercher à les interpréter en les inscrivant dans une vision globale. Nous y répondons tous de façons différentes, parfois en passant à côté de la vérité, parfois en tombant juste.[…]
La possibilité de l’effondrement généralisé fascinait-elle Ramuz ? Dans son roman Présence de la mort, en 1922, plus apocalyptique encore, le Soleil se rapproche de la Terre. C’est une fin du monde programmée, presque de la science-fiction, avec la mise en scène d’une série de drames symptomatiques de la destruction du vivre-ensemble. La Guérison des maladies (1917) et Le Règne de l’esprit malin (1914) étaient davantage liés à des événements surnaturels d’ordre mystique. Dans le premier, une jeune fille possède des pouvoirs thaumaturgiques ; dans le second, une incarnation du diable arrive dans un village. Le point commun entre ces textes, c’est qu’ils explorent ce qui se passe lorsqu’une société est bouleversée et menacée. […]
[Ramuz] a-t-il été personnellement touché par l’épidémie de grippe espagnole ?
Marguerite Bovon, l’épouse de son frère, à laquelle il était très lié, meurt à la suite de la maladie. Rappelons aussi que l’Histoire du soldat, fruit de sa collaboration avec Stravinsky, n’est jouée qu’une fois: à cause de l’épidémie, le théâtre ferme après la première représentation, le 28 septembre 1918. Cela évoque la situation de nos théâtres aujourd’hui…
La peur et les menaces invisibles semblent un thème majeur chez lui…
Ramuz est très sensible à l’angoisse de la finitude, oui. Il ne croit pas à une vie après la mort, et les circonstances d’une épidémie augmentent la crainte de voir la fin arriver. Il montre à quel point les hommes sont démunis face à ce sentiment, quels que soient leur milieu social ou leur expérience… Il y revient dans des œuvres plus tardives, comme La Grande Peur dans la montagne, où le confinement touche un alpage maudit, Derborence, qui raconte une catastrophe naturelle, ou Si le soleil ne revenait pas, qui met en scène la crainte de la fin du monde dans un village valaisan.
Pourquoi Les Signes parmi nous paraît-il toujours novateur, un siècle plus tard ? Ramuz transforme la manière de concevoir et de composer un roman. Il ne procède pas selon une narration traditionnelle et linéaire, mais juxtapose des scènes, des "tableaux"; il use de l’ellipse, s’intéresse à la simultanéité des perceptions entre tous ses personnages. Le lecteur ne suit pas un héros mais découvre une société, de l’ouvrier au notable, du vagabond au paysan… Tout le monde est confronté à la peur et à la mort.
En 1905, Ramuz disait que le roman devait être un poème. Avec Les Signes parmi nous, il manifeste de nouveau sa volonté de décloisonner les genres, et accentue certains traits heurtés de son style.
Au cœur de la catastrophe que raconte Ramuz, la nature est très présente et commence à "parler" aux hommes…
En effet, le roman dépeint une relation particulière de l’homme à la nature, au moment où le monde semble basculer. Salutation paysanne, deux ans plus tard, mettra aussi en évidence le rapport d’échange et de perméabilité entre les éléments naturels et les hommes. On songe parfois à une sorte d’"animisme", même si ce terme n’appartient pas au lexique ramuzien. L’univers est doté d’une force première de vie qui se communique aux hommes, et il y a un échange vital entre eux et lui.
A la fin, la crise s’avère aussi passagère qu’un orage. Ramuz nous invite-t-il à rester confiants ? Le livre se termine sur le rendez-vous d’un couple d’amoureux, qui apparaît comme une marque d’espoir chez un auteur par ailleurs peu optimiste! Il reste une lueur, la catastrophe était une parenthèse, et non la destruction finale de l’humanité. ■

Les Signes parmi nous est paru en poche chez Zoé en novembre 2019.










Nous remercions Philippe de Koster pour nous avoir fourni ce document.

lundi 18 juillet 2016

Pour poursuivre la réflexion sur l'actualité (avec Camus et Ramuz)

Nous remercions Christophe Calame d'avoir publié sur Facebook ce texte d'ALBERT CAMUS  :

"Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer. Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l'homme, qui lui a toujours fait croire qu'on pouvait tirer d'un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l'humanité. Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n'était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu'ils étaient sûrs d'eux et parce qu'on ne persuade pas une abstraction, c'est-à-dire le représentant d'une idéologie. Le long dialogue des hommes vient de s'arrêter. Et, bien entendu, un homme qu'on ne peut persuader est un homme qui fait peur".
Albert Camus
"Le Siècle de la Peur", (Combat, novembre 1948)

Actuelles I

Pour notre part, nous proposons ces quelques lignes de C. F. RAMUZ dans Les Signes parmi nous :


"Dans d'autres pays, du moins, quand ils meurent, on sait pourquoi, on sait comment, leur mort sert à quelque chose ; ils reçoivent un éclat d'obus ou une balle : c'est pour leur pays qu'ils meurent, ils voient les ennemis s'en aller de chez eux, mais les nôtres ?
Ils auraient mieux aimé se battre, ils n'ont pas pu. Il leur faut mourir pour rien. Il faut qu'ils nous soient pris sans utilité pour personne ; ils nous étaient pourtant utiles, à nous..." 
C. F. Ramuz, Les Signes parmi nous,
 Romans I, "Pléiade", Gallimard, p. 1254.
Texte des Œuvres complètes de 1941 
(l'édition originale étant de 1918)
 

lundi 3 décembre 2012

Vous avez dit "Apocalypse" ? Voir le nouveau volume des Oeuvres complètes de Ramuz chez Slatkine...

Les Amis de Ramuz ne peuvent que se réjouir de l'avancée de la publication des Oeuvres complètes...
Voici le dernier né (novembre 2012)
 
C. F. RAMUZ
 
Oeuvres complètes
volume XXIV
(Romans,tome 6)
 
Editions Slatkine
 


Mot de l'éditeur :

Éditée par Ramuz lui-même, la première version publiée de Terre du ciel date de 1921 ; le roman reparaîtra en 1925, remanié, aux Éditions Grasset, sous le titre de Joie dans le ciel. Mais sa genèse est ponctuée de tentatives inabouties, entre " La Résurrection des corps ", en 1916-1917, et " Vie dans le ciel ", abandonné en septembre 1921. Ces étapes intermédiaires reflètent les tâtonnements de l'écrivain qui, désireux de mettre en mots la vie après la mort, interroge le motif de la résurrection et met à l'épreuve sa représentation. Ce sujet " impossible ", aux dires des commentateurs, marque un seuil majeur dans le parcours de Ramuz : car Terre du ciel relève bel et bien le défi, lancé en 1914 dans Adieu à beaucoup de personnages, de sonder par l'écriture " l'inconnu des choses et de leur sens intérieur, qui est l'inconnu de nous-mêmes ". Présence de la mort, paru à Genève chez Georg en 1922, explore quant à lui une situation qu'annonçaient Les Signes parmi nous : la fin du monde n'y est plus ni fantasme ni menace, elle est effective, et le récit s'emploie à peindre les conséquences, individuelles et collectives, de la catastrophe imminente. Dans un registre que d'aucuns ont rapproché de la science-fiction, l'apocalypse y est relatée par une juxtaposition de courtes histoires, au moyen desquelles la narration signifie la désintégration de la société confrontée à sa fin. La mise en scène de divers avatars de l'artiste et le lyrisme de l'épilogue, où le roman bascule dans une tonalité mystique, ne corrigent que partiellement l'atmosphère dépressive de Présence de la mort : rien d'étonnant dès lors à ce que certain critique, désarçonné par le contenu autant que par l'audace stylistique du texte, l'ait qualifié de " sublime cacographie ". Une année plus tard, La Séparation des races, publiée à Paris, aux Éditions du Monde nouveau, reprend l'intrigue du " Feu à Cheyseron " : c'est donc le génie de la variation, plus que la nouveauté de l'inspiration, qui frappe le lecteur découvrant cette évocation du rapt, par un berger valaisan, d'une jeune fille alémanique. Quand bien même l'attention de Ramuz se porte sur les retombées collectives de ce geste, ce retour au passé contraste avec l'esprit qui anime les deux romans précédents, tous deux traversés de questionnements métaphysiques et hantés par le problème de la finitude de l'homme.
 Ce volume contient " Vie dans le ciel ", Terre du ciel, Présence de la mort et La Séparation des races. Le disque qui l'accompagne comprend les quatre versions de Terre du ciel (1921, 1925 - sous le titre de Joie dans le ciel - et 1941 - deux éditions), les deux versions de Présence de la mort (1922 et 1941) et les deux versions de La Séparation des races (1923 et 1941), qu'un logiciel permet de comparer. Y figurent également la reproduction intégrale, en fac-similé, d'un dactylogramme de " Vie dans le ciel ", et celles de quatre documents liés à Terre du ciel, avec la transcription en regard.