mercredi 24 juin 2015

De Gustave Roud et C. F. Ramuz, "Dispute sur la montagne" (éd. la guêpine, dirigée par J. L. Pierre)







Quelle bonne idée de la part de Jean-Louis Pierre (il en a beaucoup !) d'avoir réuni ces petits textes, subtilement écrits, à la fois très agréables à lire et finement "philosophiques"...








Pour déguster du Ramuz, et, le cas échéant, découvrir l'écrivain Gustave Roud, qui ne démérite pas dans cette controverse avec un grand aîné, au contraire...

la guêpine
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Un tirage spécial numéroté sur vergé gris ardoise
a été réservé aux Amis de Ramuz,
aux Amis de Roud, et à la Fondation Ramuz

Désormais  l'exemplaire ordinaire est à 13 €

Pour tous renseignements et commandes :
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Brochure du site internet
voir lien ci-dessous
Tout a commencé par une invitation de Roud par Ramuz pour une excursion d'une journée au Grand-Saint-Bernard, en automobile. Roud refuse, au motif qu'il "déteste la montagne"... (p. 12)







Et, pour la route (vers la lecture) quelques images "pittoresques", empruntées à cette brochure :















RAPPEL :
Les Amis de Ramuz ont aussi un site :
http://www.lesamisderamuz.com










jeudi 28 mai 2015

Les peintres suisses Hodler et Vallotton, évoqués par Ramuz...



L'exposition d'hiver de la Fondation Pierre Gianada à Martigny (Suisse) va se terminer le 14 juin  prochain. L'affiche et la couverture de la brochure représentent un tableau de Ferdinand Hodler, Heure sacrée. 



Ce peintre est célèbre aussi pour ses paysages, et l'on aurait pu penser que sa vision du Lac Léman eût séduit Ramuz...

Ferdinand Hodler, Le Lac Léman vu de Chexbres, vers 1904


Quelques lignes, dans L'Exemple de Cézanne, en font douter :  
"C'est ainsi que l'idée de notre lac s'est présentée à moi, et, considérant la grandeur que donne au paysage le fait d'avoir été "matière d'art", comme je le sentais dépourvu encore, notre lac, tristement vierge et exilé. Pas tout à fait, me disais-je, pourtant, puisque Hodler est venu. Mais était-ce bien Hodler qu'il nous aurait fallu ?" (Op. cit., Du Lérot éditeur, pp. 23-14).

Ramuz a un jugement sévère sur Hodler. En 1904, il écrit dans La Voile latine :
"Le sort de M. Hodler est singulier. La mode d'aujourd'hui est de le louer, comme elle était de l'attaquer, il y a dix ans. On ne comprend pas davantage, le ton seul a changé. [...]
Il peint avec des couleurs sales, malsaines et laides. Il n'est jamais aussi bon que quand il est décoloré. Ce qui l'attire, c'est l'ordonnance ; il compose, il mesure la ligne ; il dose et il pèse ; c'est un intellectuel et un raisonnable ; il est maître de lui, il fait ce qu'il veut ; ce révolutionnaire est un disciple d'Ingres! Il n'a pas de charme, ni même d'éclat ; il exhale une force sourde et pesante. On ne peut pas l'aimer, je ne l'aime pas beaucoup pour ma part. Ne manque-t-il pas un peu, pour nous, de fantaisie, de grâce et de laisser-aller ? Il est gourmé et tendu. Mais il est puissant, c'est assez." ("La VIIIe exposition nationale suisse des beaux-arts", La Voile latine, octobre 1904; repris dans C. F. Ramuz, Critiques d'art, Slatkine, 1994, pp. 32-33).




Nous renvoyons à la préface de ces Critiques d'art, rédigée par Gérald Froidevaux, pour l'analyse des réticences de Ramuz face à un art qui pourrait se dire national, "suisse" donc, et face aux préjugés de l'écrivain contre tout ce qui est allemand, alémanique, bernois... (Op. cit., pp. 16-17).




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Félix Vallotton, Baigneuse au rocher, 1911
Le jugement de Ramuz sur Félix Vallotton est plus généralement favorable, comme le montrent ces lignes extraites d'un article publié dans La Semaine littéraire (9 juin 1906) :
"Sa peinture, lisse et nuancée, généralement sur fonds plats, à peine relevés d'un coin de draperie, s'y applique avant tout à construire et à modeler. Il n'y a pas de hardiesse qu'elle ne puisse se permettre, tant sa science est grande ; elle paraît se complaire aux raccourcis les plus redoutables ; cependant elle ne fait étalage d'aucune virtuosité. Au contraire elle garde toujours cette apparence de gaucherie, je ne sais pas si j'oserais dire classique, qui vient de la subordination de la main à l'esprit, ennemi des effets faciles." (In Critiques d'art, op. cit., p. 83).


mercredi 20 mai 2015

25ème salon du livre de Montagne de PASSY (août 2015)

Comme chaque année, notre président, Jean-Louis Pierre, y tiendra un stand pour l'association des Amis de Ramuz...

Il y fera aussi une conférence :

"C. F. Ramuz, Chant de notre Rhône,
un manifeste poétique et politique."

Samedi 8 août 2015
14 h 30
Salle F. J. E. P.
Pour certains, cette belle affiche sera un peu coupée sur la droite, mais elle nous a paru
mériter
le format maximal...
Cliquer sur l'image pour l'afficher en entier !


























Pour tout renseignement sur cette manifestation, voir le lien suivant :

http://www.passy-mont-blanc.com/decouvrir/les-grands-evenements/salon-international-du-livre-de-montagne/



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Les Amis de Ramuz ont aussi un site :


Leur revue annuelle est présentée à la rubrique "Bulletins".

dimanche 12 avril 2015

Table des matières du BULLETIN 35 (2014)



Bulletin 35, 2014, 240 p.
- ACTUALITES RAMUZIENNES: 
"Hommage à Michel Raimond", par J.-L. Pierre ; "Brèves", par G. Poulouin ; "Actualisation du Fonds Ramuz", par S. Puel ; "En attendant le cirque", par la compagnie Chauffe-Brûle ; Colloque de Tours : Ramuz, "Ethique et politique", résumés des communications ; "Gide et Taille de l'homme", par S. Deloire ; "Charles Bosson, la politique et Ramuz", par S. Rochette ; "Ramuz au quotidien" (Vies de C. F. Ramuz), par Ph. Bacle.


Gide et Ramuz en 1933 (D. R.)


Louis-Joseph Soulas,
Charles Péguy, bois gravé,
1929 ( D. R.)



- Dossier Ch. PEGUY: "Ramuz lecteur de Péguy", par J.-P. Sueur ; Préface à Trois fragments de Ch. Péguy, par C. F. Ramuz ; Fête des vignerons et Péguy, par M. Abraham.








Robert Marteau

- Dossier Robert MARTEAU Présentation par J.-L. Pierre ; Compte rendu de Lettres de Ramuz, par Robert Marteau ; Biographie de R. Marteau, par F. Vezin ; Florilège composé par F. Marteau-Chevenne.





 - Dossier René AUBERJONOIS-Claude DUNOYER : "Les confidences de R. Auberjonois à Cl. Dunoyer, par S. Rochette ; 20 lettres de R. Auberjonois à Cl. Dunoyer ; "René Auberjonois", texte de Cl. Dunoyer ; "Quand Auberjonois met en scène Cécile et Charles Ferdinand", par S. Rochette ; "Souvenirs de la renarde", texte de R. Auberjonois.

Claude Dunoyer
- ETUDES ET REFLEXIONS : " La Séparation entre la Suisse et le Japon", par T. Sahara ; Résumé de la thèse de Noémi Kila ; "Ces peintres suisses que Ramuz aimait", par M. Arouimi ; "Le monde naturel de C. F. Ramuz", par M. Lopez-Mujica ; Présence de la mort, par F. Vezin.
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Voici les œuvres étudiées par Michel Arouimi 
(in  "Ces peintres suisses que Ramuz aimait")
 reproduites en couleurs :

Alexandre Perrier, Nuages, 1900
Alexandre Cingria, La Conversion de saint Paul

Georges de Traz, Tireur à l'arc, 1916

René Auberjonois, Le Cirque, 1949
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Pour des renseignements et des commandes, 
voici l'adresse courriel :

cframuz.assoc@gmail.com
lien actualisé en mars 2016

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Enfin, pour la route,
en hommage à Charles Péguy,
quelques vues de Chartres :

Chartres, rose nord

Chartres, portail nord, détail


Chartres, nord, détail


Chartres,face nord
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Ce bulletin et ceux des années précédentes
 sont présentés sur le SITE
de l'association des Amis de Ramuz :

http://www.lesamisderamuz.com/pages/bull-35.html


samedi 11 avril 2015

Le « Ramuz d'en bas » et "L'Amour du monde"


Edition Séquences, 1990
(Préface de Bernard Voyenne,
"Ramuz et le cinéma")
12 €


4e de couverture

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 Jean-Yves Bacle, membre de notre association et grand amateur de ce texte, nous rappelle que tous les romans de Ramuz ne se situent pas dans la montagne, et que le vertige de leur poésie n'en est pas moins saisissante :
Pourquoi lire un "Ramuz d'en bas" plutôt qu'un "Ramuz d'en haut", pourquoi lire, par exemple, L'Amour du monde plutôt qu'un Ramuz de la montagne ?
Le Ramuz de la montagne est puissant et riche en contrastes lumineux saisissants, mais que se passe-t-il en bas ?
 En bas, sur les bords du lac, quand l'orage couve, les contrastes et les images fortes ne manquent pas non plus et, si le cinéma est présent, il y en a bien d'autres plus sourdes encore pour animer la communauté. Une communauté d'ailleurs moins soudée et dont les marges abritent des personnages plus divers que dans les hauteurs. Le lieu ‒ le village, la petite ville ‒ est moins isolé du monde.Plus fragmentaire, ce monde plus proche de l'auteur traduit une vision complexe où chacun et chacune, sans trop savoir comment et d'une manière souvent solitaire, cherchent et veulent croire à leur image en tentant de l'incarner. Que cette image soit une représentation de l'ordre et de l'autorité, issue de la Bible ou du cinéma, les possibilités, tentations et tensions sont nombreuses.
L'Amour du monde est une fresque attentive de ces histoires individuelles. Des histoires qui ne sont plus empêchées par les forces de la nature, mais empêchées par des faits, des habitudes, voire par un manque d'imagination et de liberté imposé au nom d'une conformité de l'ensemble.
Pour autant, il est difficile d'en conclure que certaines imaginations valent forcément beaucoup mieux que d'autres. Malgré la tension qui résulte du besoin de réaliser la vision, en vue de sauver ou de se sauver, on est alors bien obligé de garder pour soi l'énigme d'une vision collective, ou d'une communauté dans laquelle chacun voit la vie à sa manière.
Plus proche de nous par son univers, L'Amour du monde présente une structure de prime abord plus éclatée que celles d'autres romans de Ramuz. Si, par exemple, Passage du poète invite à redécouvrir progressivement ou à apprendre à lire son paysage, ou que Derborence donne à lire une histoire forte dans un décor plus grand que l'homme, L'Amour du monde est une mosaïque, un « instantané multiple » très pictural et très de son temps. Cette approche particulière de la narration par l'image est typique de l'auteur, mais elle apparaît ici avec un recul plus rare permettant de percevoir l'ensemble simultanément. Et le sentiment de globalité, du particulier comme synonyme de l'universel, le fourmillement de ce petit monde vivant sont d'autant plus étonnants que Ramuz ne fait pas appel à un narrateur extérieur ou en marge de la communauté.
Peut-être ne reste-t-il que cette vision, celle d'un peintre résolument non conservateur, pour empêcher l'ensemble d'éclater et de laisser chacun définitivement isolé. Et peut-être est-ce suffisant pour avoir envie de lire ou relire L'Amour du monde (dont quelques exemplaires sont encore disponibles auprès de l'association* !). 
J.-Y. B.

Extrait choisi : 

" C'était quand huit heures sonnaient ; et, comme les fenêtres de l'appartement donnaient sur la rue qui mène à la place du Port, elle-même située tout à côté de l'église, le grand décrochement qui avait lieu dans le clocher venait immédiatement à vous, faisant au premier choc se redresser la grosse tête ronde, aux cheveux coupés ras, dans le col d'uniforme bleu bordé de perles blanches. 
M. Penseyre, comme toujours, avait été prendre sa casquette pendue au clou ; puis, passant la main à deux reprises sur sa grosse moustache : 
- Eh bien, à tout à l'heure, Thérèse. 
Il a fait ensuite demi-tour dans sa belle tunique à une seule rangée de boutons, avec un ceinturon orné d'un gros écusson du même métal ; c'est du cuivre.
Elle avait vite été tourner la clé dans la serrure, sachant bien qu'elle serait seule jusqu'à dix heures...
Pendant ce temps, cette autre est dans son île.
Le naufrage l'a jetée seule survivante, à la côte ; et, comme Ève, on la voit paraître, vêtue seulement d'une ceinture de feuilles de figuier."  

             C. F. Ramuz, L'Amour du monde, 
chap. II, pp. 17-18, éd. citée. 


Gino Severini, Souvenirs de voyage, 1911


Félix Valotton, Les Passants, 1895

mardi 24 mars 2015

Nouvelle publication d'un membre de notre association : Christine Dupouy, "Langues et pays"

C. Dupouy, Langues et pays,
éd. Joseph Ouatknine, 
2015, 106 p.
16 euros.
(Couverture cuir,
fabrication artisanale)


Bandeau











Christine Dupouy, spécialiste de René Char, d'André Dhôtel et de Jacques Réda, est professeur à l'université François-Rabelais de Tours, dont elle dirige la filière Lettres. Elle a organisé, avec notre président Jean-Louis Pierre, le colloque Ramuz de 2014.

Le présent ouvrage, relevant de l'écriture intime et non de l'étude universitaire, est publié par Joseph Ouaknine qui le présente en ces termes :

Spécialiste de "la question du lieu", Christine Dupouy a éprouvé dans son corps le rapport aux différents pays, langues, amies. Les époques et les voyages s'entrecroisent, comme la prose et la poésie dans ces textes qui tiennent finalement peut-être plutôt de l'essai.

Voir le lien suivant
http://www.ouaknine.fr/catalogue3.htm


samedi 21 mars 2015

C. F. RAMUZ critique d'art : "Exposition Manet chez Durand-Ruel" (1906)


L'actualité de la belle exposition hommage au collectionneur Paul Durand-Ruel (hélas terminée pour la France, mais qui est  présentée actuellement à Londres, puis le sera en juin à Philadelphie - cf. dates infra) nous offre le prétexte de rouvrir l'ouvrage qui a été constitué, en 1994, à partir des critiques d'art de Ramuz :


Textes choisis et préparés par Doris Jakubec,
Préface de Gérald Froidevaux, éd. Slatkine, 1994
L'article de Ramuz que nous citons s'intitule exactement :
L'EXPOSITION MANET CHEZ DURAND-RUEL - DES CEZANNE
Nous ne nous intéressons donc qu'à la première partie de ce texte, paru dans La Semaine littéraire, le 24 mars 1906.
  Nous ajoutons, pour mémoire, les reproductions des œuvres citées.


"Ce n'est pas s'éloigner beaucoup de Flaubert que de parler de Manet ; on peut parler d'un grand peintre après un grand écrivain. L'exposition de vingt-quatre tableaux et aquarelles de Manet chez Durand-Ruel nous en fournira l'occasion.
Manet est sorti de l'atelier de Couture, l'auteur de l'Orgie romaine.
[
Thomas Couture, Les Romains de la décadence, huile sur toile, 472 x 72 cm, 1847,
Musée d'Orsay
Tout au moins y fréquenta-t-il ; dans ses œuvres de début, l'influence du maître est encore sensible. Mais il passa de bonne heure pour un révolutionnaire. On comprend encore aujourd'hui devant ses plus belles toiles, comme l'Olympia ou le Balcon, qu'il ait mérité sa réputation.
C'est d'ailleurs le plus bel éloge qu'on pût faire de lui. Etre révolutionnaire comme l'était Manet est une façon de devenir classique. Il est peut-être nécessaire que je m'explique ; je ne veux pas dire que l'originalité suffise en art, mais bien qu'elle est indispensable ; elle ne doit être qu'une façon de voir nouvelle. Il est inutile de répéter ce qui a été dit, même de le bien répéter. Nous ne tenons compte dans le passé que des œuvres qui ont marqué un progrès. Or, peu à peu, l’œil s'habitue à des effets inaccoutumés. Ce qui était le domaine particulier d'un artiste devient le domaine commun. La multiplicité des choses se prête à des combinaisons infinies ; celui-là seul qui en trouve une nouvelle peut être certain de durer.
Manet a été longtemps à attendre la gloire, il faut dire à sa gloire qu'il ne l'a jamais cherchée ; mais, si c'est là le moyen le plus sûr de l'atteindre, comme l'affirmait précisément Flaubert, il n'en reste pas moins qu'elle arrive souvent trop tard, la mort va plus vite. L'Olympia, par exemple, n'est pas admise par tout le monde, même parmi les "connaisseurs". Cependant il n'y a pas besoin de la considérer longtemps pour s'apercevoir qu'elle prolonge admirablement les traditions classiques.
Manet, Olympia
Que ce soient les Espagnols, Franz Hals ou le Titien, Manet procède de maîtres incontestés. Il n'a fait qu'y ajouter ses qualités personnelles, la vision qui lui était propre. Et c'est ainsi que l'art progresse. Toute oeuvre qui ne devrait rien au passé, à supposer qu'elle fût possible, ne serait compréhensible pour personne.

Les Manet de la collection Faure, qui sont pour l'instant chez Durand-Ruel, n'ont pas pour la plupart les qualités de ceux qui sont au Luxembourg. Voilà sans doute pourquoi ils sont plus admirés. Manet conserve toujours ses merveilleuses qualités de peintre ; mais c'est dans l'emploi qu'il en fait qu'il est parfois inférieur. Il montre assez souvent, dans la conception, quelque vulgarité, au sens particulier que prend ce mot en art ; il tombe presque parfois dans l'anecdote ; ou bien la sûreté même de sa technique l'entraîne jusqu'au trompe-l’œil. Tel est le cas des deux natures mortes : la Brioche et les Pêches. Ce sont de ces nourritures peintes dont on dit : "On en mangerait."
[En l'absence de certitude nous proposons deux natures mortes sur les sujets évoqués par Ramuz :]                      

Manet, Nature morte avec brioche

Manet, Les Pêches

Il faut plutôt s’arrêter longtemps devant le Buveur d'absinthe. On voit un homme debout, de grandeur naturelle, enveloppé d'un grand manteau.A côté de lui un verre d'absinthe ; à ses pied, une bouteille vide. La toile est traitée tout entière dans les bruns et les gris, sauf la tache bleue des chaussettes que découvre le pantalon. Le manteau fait d'une seule masse, simplement modelé par de larges traits qui en figurent les plis, est d'une rigueur surprenante.


Manet, Le Buveur d'absinthe

On raconte à propos du tableau une anecdote. Manet, l'ayant achevé, fit venir dans son atelier son maître Couture avec lequel il s'était déjà brouillé plusieurs fois. Couture arrive, examine l'oeuvre nouvelle et ne dit rien. Puis il se lève et prend son chapeau pour sortir. Alors Manet l'interroge. Et il répond brutalement : "Le tableau mérite moins son nom que celui qui l'a fait."
J'ajoute que Manet le peignit à vingt-sept ans. En somme ses meilleures œuvres datent de sa jeunesse. Que lui arriva-t-il ? Est-ce son éducation qui le gêna si souvent ? Est-ce peut-être un doute sur lui-même, parmi tant de critiques, qui l'empêcha de s'exprimer tout entier ? Qu'importe du reste ? Il laisse trois ou quatre chefs-d'oeuvre. c'est assez pour la vie d'un homme."

C. F. RAMUZ, 1906,
in Critiques d'art, op. cit., pp. 71-73

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Nous laissons à nos lecteurs le soin d'apprécier ces propos (par rapport à Manet, et par rapport à Ramuz - qui, en 1906, a vingt-huit ans, à peu près l'âge de Manet peignant Le Buveur d'absinthe...)

Pour revenir à l'actualité, signalons les dates de l'exposition "Durand-Ruel" dont nous parlions au début :
A Londres, 
National Gallery 
 How Paul Durand-Ruel created the Modern Art Market
(4 March - 31 May 2015)





Paul Durand-Ruel à la National Gallery en 1910

A Philadelphie, 
Philadelphia Museum of Art 

Discovering the Impressionists
Paul Durand-Ruel and the New Painting
(June 24, 2015 - September 13, 2015)


Renoir, Danse à Bougival, 1883